L'Art en question

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L'Art en question

Message  Pierre Meur le Sam 16 Aoû - 11:50

Publié dans Marianne dans le sujet "La vengeance est une justice sauvage"

@133. Posté par Gérard Menvuça a dit : "En vérité j'ai mal traduit ma pensée. Je voulais dire que le dérangement occasionné par l'Art "incompris" est quand même de vraiment peu d'importance par rapport au "dérangement" occasionné pour l'ensemble de la population par nos criminels les plus fameux".

J'ai toujours aimé cet adage "qui vole un œuf, vole un bœuf". Il souligne qu'il n'y a pas d'acte anodin, et que le plus petit larcin contient la même intention que le plus grand larcin. De la même manière, tout être humain est complexe, et quand on parle de l'importance d'un de ses actes, on définit l'être humain par l'acte désigné. L'acte est la cause, l'importance en est un de ses effets mal maîtrisé. On ne définit pas le désordre par l'importance de son effet, mais par l'effet lui-même. La partie n'est pas le tout.

L'Art est un crime, au sens ou l'Art veut tuer l'équilibre existant qui est une information nulle pour créer une information non nulle. Un peu à la manière d'une réaction chimique engendrée par la rencontre de deux composants chimiques. On pourrait même dire que le crime est un Art, car c'est le moyen d'expression du criminel qui lui permet d'être.

- Être, est-ce agir ?
- La pensée, est-elle déjà une action ?
- L'importance des effets engendrés rend-il l'acte et/ou son auteur plus existant ?
- Qu'est-ce qu'un effet désirable ou non désirable, et pour qui ?
- Le bien du bourreau est-il le bien du supplicié ?
- Qu'est-ce qu'une relation ? Qu'est-ce qu'une relation unilatérale ?
- Qu'est-ce la rencontre ? Si je parle du bourreau ou si je parle de la victime, s'agit-il d'une rencontre ? Si je parle d'un Dieu jamais rencontré, ce Dieu a-t-il plus ou moins d'existence que le bourreau ou la victime jamais rencontré ?
- Quelle relation ai-je avec l'interlocuteur derrière l'écran ? Si mon écran me répond s'agit-il d'une rencontre virtuelle ? Qu'est-ce qui n'est pas virtuel ? Ai-je jamais pu pénétré dans la tête d'un autre ?
- Si l'Art est incompris, l'artiste a-t-il la capacité de comprendre cette incompréhension ? Une information vaut-elle une non-information ? Peut-on transformer une information en non-information ? Si l'homme a créé le concept de Dieu, peut-il tuer Dieu jusqu'à en éradiquer le concept ? L'athéisme n'est-il pas un paradoxe, car quel meilleur croyant que l'athée capable de tuer l'objet de son incroyance ? Si l'homme a créé le concept de Dieu, quel concept n'a-t-il pas encore créé ? Un concept non-créé n'a-t-il pas d'existence intrinsèque ?
- Pourquoi le supplicié ne comprend-il pas l'expression du bourreau ? Pourquoi le bourreau ne comprend-il pas le "mal-être" du supplicié ?

La cohérence de l'univers est relationnelle. La non-relation absolue n'existe pas, sauf pour les objets non-existants.

@133. Posté par Gérard Menvuça a dit : "L'expression artistique la plus farfelue (à mes yeux incultes) ne me dérange pas par elle-même (j'ai de l'humour)".

L'humour n'est-il pas une réaction à l'expression artistique "farfelue" ? Riez-vous de rien ?

@133. Posté par Gérard Menvuça a dit : "C'est le prix ou plus exactement la capacité financière que possèdent certaines personnes pour acheter certaines "oeuvres", disons pour rester poli, déconcertantes.
Le pissoir de Machin achetée chez Leroy Merlin, mis couché sur un trépied, soit dans une position totalement inadaptée pour son usage, et signé de la main de l'artiste (l'acheteur, M. Machin). Cette chose exposée dans un musée, vaut énormément d'argent, et encore plus depuis qu'un farfelu, copain de Machin et lui même artiste, je crois, en a abîmé légèrement l'émail à l'aide d'un petit marteau. Le vandale a été jugé".

Y a-t-il un Art mineur ? Le vandalisme n'est-il pas la reconnaissance de l'objet vandalisé ? N'est-ce pas un anti-artisme ? l'artisme a-t-il plus de valeur que l'anti-artisme ? Le mépris de l'objet, annule-t-il l'existence de l'objet ? L'existence de l'objet interdit-il tout mépris à son égard ?

@133. Posté par Gérard Menvuça a dit : "Un autre artiste difficile à comprendre sauf pour les initiés, lui pris de pitié pour les boîtes de conserves jetées aux poubelles, les assemble, les soude, les expose : elles valent des sommes impensables, puisque ce ne sont plus des boîtes de conserves, mais des oeuvres. Un dernier (artiste) a fait encore plus fort : ses boîtes de conserves (ses oeuvres), contiennent ses excréments et valent encore plus cher !".

Y a-t-il un animal capable de transcender le symbolisme d'un objet ? Qu'est-ce que la valeur minimum et qu'est-ce que la valeur maximum ? N'est-ce pas une valeur ? L'excrément ne représente-t-il pas la vie qui en a été extraite ? Répandu sur les champs, il permet la culture de nouveaux aliments. L'excrément ne soulève-t-il pas à son tour l'éternel question de l'œuf et de la poule ? La vie ne nous traite-t-elle pas comme ce fumier vital ? Ne nous dit-elle pas que nous ne servons qu'à la reproduction, et qu'une fois cette reproduction accomplie, nous n'avons plus qu'à disparaître ? Qu'est-ce qui nous différencie de l'excrément ? L'excrément est-il orgueilleux ? Quand le bourreau supplicie, se soucie-t-il de sa victime plus que de ses excréments ? Quand la société tue le criminel, se soucie-t-elle du criminel, ou le considère-t-elle comme un de ses excréments ? Évacuer le criminel comme on évacue un excrément, n'est-ce pas ne pas se voiler la face sur le sens de la vie ?

@133. Posté par Gérard Menvuça a dit : "Quant à M Buren, ce qui peut me chagriner en ce qui le concerne, c'est le prix payé par la Nation pour être honoré de son travail artistique et les sommes qu'il faut débourser pour rénover ses colonnes".

Les colonnes de Buren interrogent le spectateur sur l'objet et sa valeur ? Si chacun comprend que les colonnes d'un temple grec représentent ce qu'il en reste et la splendeur de ce qu'il fut jadis, que représentent les colonnes de Buren ? Un temple en ruine ou un un temple à bâtir ? Si l'on doit à la mémoire des hommes de conserver les colonnes du temple grec, doit-on au futur de l'homme de conserver les colonnes de Buren ? La polémique, en elle-même, ne vaut-elle pas son pesant d'or ? Et si la polémique ne nous apparaît pas, le regard de la simple perspective, le jeu d'ombres qui met en relation le soleil et les colonnes de Buren ne suffit-il pas à nous distraire d'un paysage qui serait sans particularité ? Si l'on peut se payer des choses inutiles, n'est-ce pas parce qu'on peut s'offrir celles qui sont utiles ?

@133. Posté par Gérard Menvuça a dit : "Je lui pardonne car les colonnes en question (qu'on pourrait aussi trouver chez Leroy Merlin (blasphème) permettent aux gamins (bourgeois parisiens) de jouer et à nous les vieux (bourgeois parisiens) de nous asseoir pour souffler un peu. Je l'espère gratifié d'une légion d'honneur !"

Vous voyez bien que vous leur trouvez une utilité. C'est l'œil de l'observateur sur l'objet observé qui surajoute à l'objet une essence que l'objet lui-même ne se voyait peut-être pas posséder. Si l'univers eut été fait de colonnes de Buren, ne vous tracassez pas, l'homme aurait su comment les utiliser à son profit :-) La réalité des colonnes de Buren est un fait. Reste à l'interpréter pour lui donner un sens qui nous agrée.

@133. Posté par Gérard Menvuça a dit : "Donc dérangement tout cela pour moi, oui, mais à cause des sous et parce que j'ai un peu le sentiment que nos artistes se foutent un peu du bon peuple".

Quelle perception vénale de l'Art !! L'Art est un luxe mais qui ne peut s'exercer que lorsque les besoins primaires ont été assouvis. À quoi bon le sourire de la Joconde sans l'assurance qu'il se trouvera encore des hommes pour le regarder. Pour que l'objet existe, il faut un observateur.

@133. Posté par Gérard Menvuça a dit : "Mais tout cela n'est rien, encore une fois, en regard du grave sujet évoqué par votre article".

Oui, mais si l'article n'avait pas été écrit et publié, comment auriez-vous pu le commenter ? Pourtant l'article est beaucoup moins "important" que le sujet évoqué. Le sujet aurait-il existé sans la victime ... et le criminel ? Ce n'est pas tant la réponse qui est importante que la question. La question implique toutes les réponses, mais la réponse n'est pas toutes les réponses ?

Que de questions n'est-ce pas ? Est-ce à vous d'y répondre, est-ce à moi ? La vertu de la question est d'offrir une superposition d'états, comme l'est la pile de carte présenté en éventail au joueur. La carte choisie est-elle la meilleure ? Non, elle n'est que la réalité de la carte choisie par rapport à la réalité de l'ensemble des cartes à choisir. La réponse est toujours un appauvrissement de la question. Mais en quoi est riche une question qui ne reçoit pas de réponse ?

Peut-on tuer Dieu sans le définir ? Et si l'on choisit une définition, tuer cette définition tue-t-elle toutes les définitions possibles ?

"La décohérence est la perte de cohérence d'un objet possédant plusieurs états superposés dans un système à x dimensions, par une observation à partir d'un système comportant moins de dimensions que le premier".

Comment un homme peut-il comprendre l'univers, alors qu'il n'en est pas un observateur extérieur, mais qu'il n'est qu'une si petite partie incluse dans cet univers ? Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Bon Dieu, que c'est vrai. Ca fait des années que je cherche à tuer Dieu, et à chaque fois que j'y arrive, j'entend un grand rire sonore qui me force à regarder ailleurs. La seule façon de tuer Dieu, c'est de se tuer soi-même. S'il n'y a plus personne pour répondre à la question, il n'y a plus de question.

Avouez que c'est drôle, n'est-ce pas ?

Pierre Meur
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